Calvados, une nouvelle vogue ?

Vous souvenez-vous du dernier dîner où l’on vous a proposé un verre de calvados à la fin du repas ?
Moi, non (enfin, ça dépend : quand je me le propose à moi-même, ça compte ou pas ?).
De plus, classé d’office comme digestif, le calvados à l’apéro, ce n’est même pas la peine d’y songer. Un pur fantasme impossible à réaliser à moins de se livrer à une séance de spiritueux onanisme ; ne me regardez pas comme ça, qu’est-ce que j’y peux moi si l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même.
Et puis, que celui  qui offre à ses convives le choix entre calvados, whisky et/ou rhum de façon récurrente me jette la première pierre. Et oui, je crains que pour ma lapidation, il va vous falloir patienter un peu…

Cela démontre simplement que le calvados n’a pas jouit d’une grande reconnaissance sur le sol français ces dernières dizaines d’années. Et ce n’est pas sans rappeler le parcours d’un autre spiritueux : le rhum.
En effet, il n’y a pas très loin à remonter dans l'histoire du rhum pour le retrouver cantonné aux crêpes flambées et à la pâtisserie (là où le calvados est cantonné lui au trou normand et à une certaine réminiscence du café-calva). Et lorsqu’il est enfin parvenu à sortir de la cuisine, ça été pour finir au bar sous la forme d’une Sainte Trinité réductrice : le Daïquiri, le Cuba Libre et le Mojito.
Mais il y moins de dix ans, comme par mixologie, le rhum a repointé le bout de sa canne porté, notamment, par une nouvelle génération de barmen qui a décidé de faire du cocktail un art. Sous l’impulsion de producteurs qui ont su rapidement cerner les attentes des nouveaux amateurs, il n’a suffit que de quelques années pour que le rhum devienne la star des bars puis pour qu’il s’impose véritablement comme un spiritueux incontournable.
Alors pourquoi à histoire similaire, le rhum et le calvados présentent-ils un destin différent ?

Calvados vs rhum

La qualité, le terroir, la magie de l'élaboration, la richesse et la diversité des arômes ou la passion des personnes qui le produisent, le calvados les possède tout autant que le rhum.
Question savoir-faire, rhum et calvados jouent dans la même catégorie ; c’est au niveau du faire savoir que ça pêche pour le calvados.
Pour conquérir le terrain vierge de préjugés que représente la nouvelle génération d’amateurs de spiritueux, il n’y a pas trente-six solutions : il faut susciter son intérêt, exciter sa curiosité, lui plaire.
Là où le rhum a su changer d’étiquette, proposer une porte d’entrée attractive avec des rhums bonbons comme le Don Papa et surtout écouter les tendances, le calvados, lui, hésite encore à troquer son costume démodé pour une tenue plus attractive et actuelle.
Les Trophées des Calvados Nouvelle Vogue sont pourtant la démonstration parfaite de l’intérêt que portent les jeunes bartenders européens au calvados. Le hic c’est que, organisée un lundi, la grande finale internationale de ces Trophées ne permet pas de faire partager cet engouement à un large public.
Pourtant, le calvados aurait tout à gagner à sortir de l’entre-soi et du choix manichéen qu’il s’impose en terme d’image entre produit haut de gamme réservé au cercle fermé d’un public d’initiés et produit populaire du terroir normand.
Le calvados n’est heureusement pas victime d’un immobilisme de l’ensemble de la profession, simplement d’un problème de positionnement et d’un défaut de communication.
Habitués à voir leur produit dévalorisé depuis de nombreuses années, les producteurs de calvados doivent désormais relever la tête et défendre fièrement leur magnifique spiritueux, il(s) le mérite(nt).
C’est dit !

Mr F.