Les calvados Pierre Huet

Calvados Pierre Huet ©F.Fromentin

Les entreprises familiales sont monnaie courante dans le monde du calvados cependant peu de maisons peuvent faire remonter leur histoire sur cinq générations comme celle des Calvados Pierre Huet.
Désormais dirigé par François-Xavier, la Maison Pierre Huet demeure un des fleurons des calvados de l’AOC Pays d’Auge.

François Huet, un enfant très précoce ?

Si, comme l’indique l’ensemble des ouvrages traitant du sujet, l’histoire des Calvados Pierre Huet débute bien avec François Huet, faire remonter la tradition familiale à 1865 me semble relever d’une petite confusion.
Tout passionné qu’il ait pu être par le spiritueux normand, il est peu probable que François Huet né en 1859 (il meurt en 1925), d’un père bistrotier à Mondeville, ait pu démarrer l’affaire à l’âge de 6 ans, ou alors quelle précocité !
En cherchant un peu il est facile de se rendre compte qu’en fait l’histoire de la Maison Pierre Huet débute réellement lorsque François se marie, sur le tard, avec la fille d’un agriculteur de Saint-Pair-du-Mont. A partir de 1865, cette famille s’est lancée dans la production d’eau-de-vie de cidre et c’est en en devenant membre que François a sans aucun doute développé son goût pour le calvados qu’il se met à son tour à produire et à stocker sans le commercialiser.

La passion de Pierre

Même s’il se passionne comme son père, François, pour la bouille (ce qui désigne autant l’alambic que l’opération de distillation) Pierre Huet, né en 1890, n’exerce pas avec lui ; il exploite une ferme à Cambremer où il élève 45 vaches.
Parallèlement, pour assouvir sa passion, il acquiert deux alambics de deux hectolitres chacun (des reliques précieusement conservées par la famille) avec lesquels il ne tarde pas à produire du calvados dont la qualité lui assure un certain succès. Ce succès grossissant le pousse même à investir rapidement dans deux autres alambics de même contenance.
Nous sommes pendant l’entre deux guerres, Pierre acquiert une colonne à distiller et une tonne de 600 hectolitres. Il livre alors quantité de jeune calvados à une vingtaine de cafés de Louviers qui popularisent le tristement célèbre « café-calva ».
Mais même traités de la sorte, les jeunes calvados de Pierre livrés en vrac ne manquent pas de s’illustrer par leur qualité, qui est récompensée, dès 1921, par de nombreux prix.

La dévotion de Pierre

Dévoué au calvados, Pierre Huet s’implique pleinement dans la promotion de l’eau-de-vie de cidre normande ; il adhère à l’Association Française Pomologique de Caen, au Syndicat National des Bouilleurs de Cru et est décoré de la médaille du Mérite Agricole en 1932.
Après avoir largement contribué à la reconnaissance officielle de l’AOC Calvados Pays d’Auge par l’INAO en 1942, et surtout après avoir littéralement séduit, quelques mois plus tôt (en juin 1942), la délégation parisienne chargée d’établir le reconnaissance de cette AOC par la qualité de ses calvados, Pierre Huet devient une figure incontournable du calvados.
Ce statut, et le succès allant avec, lui permettent ainsi d’ajouter deux ailes au manoir la Brière des Fontaines et de planter un très grand nombre de pommiers (à tel point qu’une partie des pommes seront récoltées sans être transformées). Pour autant, tout cela ne lui monte pas à la tête, son amour du calvados, sa quête de qualité et son expérience sont les seules garanties de ce succès.
Quand Pierre ferme définitivement les yeux en 1975, ses calvados sont présents sur la carte de plusieurs grands restaurants et, comme tend à le prouver le reportage du journal Ouest France publié en 1960 pour célébrer les 18 ans de l’AOC Calvados Pays d’Auge, il est considéré comme le pape du calvados.

Homme de caractère, Pierre Huet a jusqu’au bout défendu le calvados, son calvados, sans jamais tout à fait céder la main à son fils François.

Tel Pierre, tel fils

François Huet ne fut jamais à la tête de l’entreprise familiale. Né en 1921, il vend les pommes qu’il cultive dans les vergers de sa ferme de Saint-Laurent-du-Mont à la Distillerie de Beuvilliers. Ce qui ne l’empêche pas de développer lui aussi une certaine passion pour la distillation.
Le talent semblant héréditaire chez les Huet, François produit tout au long de sa vie (il meurt en 2013) des calvados millésimés qui font la fierté de la famille.
Cependant, lorsqu’il s’agit de prendre la tête de l’affaire c’est son fils, Pierre (1947-2004), arrivé en 1970 au sein de l’entreprise, qui s’en charge. Il est épaulé en cela par son frère Philippe qui a intégré les Calvados Pierre Huet deux ans après lui.

Il reste aux côtés de son frère lorsque celui-ci prend les reines de la société en 1990. Pour l’occasion Philippe fait d’ailleurs replanter 20 hectares de pommiers basse-tige uniquement traités à la bouillie bordelaise.
Malheureusement, Pierre décède en 2004 et Philippe, qui ne peut assumer la charge seul, fait appel à ses deux neveux, François-Xavier Huet et Cyril Marchand-Huet, pour l’assister.
​En 2005, ce sont donc deux profils fort différents mais au combien complémentaires qui (ré)intègrent la Maison. 

La nouvelle génération entre en scène

Cyril Marchand-Huet arrive avec l’expérience glanée chez Fauchon où il a été formé et s’occupe dès lors de la partie commerciale.
Ingénieur agronome, c’est tout naturellement que François-Xavier prend lui le chemin de la distillerie où il œuvre et apprend aux côtés de son oncle. Si l’arrivée des deux hommes n’a pas révolutionné la Maison Huet, elle lui a néanmoins apporté un sacré coup de jeune. Evidemment, les techniques de fabrication du calvados, et leurs secrets, fruit du travail passionné de quatre générations, demeurent. Pour la partie production, le changement s’est opéré au niveau des caves qui ont été entièrement revues depuis 2005 et dans lesquelles ont trouvé place des fûts neufs de 4OO litres acquis en 2010.
L’entrée de la Maison Huet dans une nouvelle ère s’est faite par l’entrée même (et la sortie) qu’empruntent les visiteurs de la distillerie. En effet, depuis 2010, les Calvados Huet dispose d’un nouvel espace d’environ 350 mètres carrés entièrement dédié à l’accueil des visiteurs. A l’image de ce que dégagent les calvados de la maison, cet espace moderne n’en reste pas moins sobre, chaleureux et authentique. 
La Maison Huet a ainsi choisi la voie du contact et de l’accueil des visiteurs qui trouvent en ces lieux un espace distillerie où trônent l’alambic à repasse et l’alambic à colonne et une boutique où la production de la Maison est très bien mise en valeur; l’essentiel des ventes se fait d’ailleurs au domaine.
En 2015, après avoir transmis tout ce qu’il savait à son neveu, Philippe annonce qu’il est temps pour lui de prendre sa retraite ; Cyril décide alors de quitter lui aussi la distillerie.
La campagne 2015-2016 est la première que François-Xavier mène entièrement seul.

Savoir-faire

Décrire les éléments purement techniques qui distinguent (ou rapprochent) les calvados Huet des autres ne saurait rendre grâce à la particularité de cette Maison.
Evidemment, le fait que les cidres à distiller sont obtenus après fermentation totale des moûts de pommes pendant 12 mois dans des foudres en chêne, est une information importante quant à la qualité du produit. Simplement, cette caractéristique ne fait pas la spécificité des calvados Huet (la Maison Roger Groult procède de même), elle est au mieux une preuve de plus de l’exigence de qualité familiale.
Mais avons-nous encore besoin de preuve en ce qui concerne cette famille qui produit du calvados avec passion depuis plus d’un siècle ?
Non car tout le secret de cette maison réside dans cette passion intergénérationnelle qui a poussé Pierre Huet à produire des calvados de qualité, qui l’a poussé à s’investir autant pour la reconnaissance de ce produit, qui a permis à François de produire des millésimes d’exception ou encore à François-Xavier de reprendre seul la tête de l’entreprise malgré le défi que cela représente.

Un certain goût de l’authentique

Telle qu’affichée sur le site internet de la maison, la devise « Une Famille – Un Produit – Une Passion » résume tant sur le fond que sur la forme tout l’esprit familial et le caractère des calvados Huet.
Ne cherchez pas les innovations du côté des méthodes d’élevage. Si la maison fait partie des pionnières en ce qui concerne le positionnement et la défense du calvados comme produit d’exception et de terroir, concernant sa fabrication, elle s’appuie sur un savoir-faire familial et centenaire, gage de sa grande qualité.
Ce qui ne veut pas dire que François-Xavier n’a pas en tête, voire plus, quelques idées et la curiosité de tester d’autres choses (types de fûts différents pour le vieillissement, variation de temps de passage en fût neuf…) mais il ne faut clairement pas attendre, ou juger, les calvados Huet sur ce terrain là.
Ici, c’est le goût du fruit que l’on met en valeur et il ne doit pas être masqué par le boisé ; les calvados vieillissent donc dans de vieux fûts de grande contenance afin de limiter l’action du chêne sur le distillat.
Et, quand François-Xavier place son eau-de-vie dans des fûts quasi neuf et de plus petite taille, ce n’est tout au plus que pour quelques semaines au cours desquelles il ne manque pas de surveiller quotidiennement l’évolution de son distillat soumis à l’action de ce bois plein de fougue.

Qui peut le plus peut le moins

Même si la maison Pierre Huet possède deux alambics, un alambic à repasse et un alambic à colonne, la campagne de distillation 2015/2016 a été entièrement réalisée par François-Xavier avec l’alambic à repasse ; l’intégralité du distillat de cette campagne pourra donc porter la mention AOC Calvados Pays d’Auge.
Dans l’absolu, elle pourrait aussi porter la mention AOC Calvados (moins prestigieuse) si François-Xavier le décidait. Par contre, s’il avait distillé son cidre avec l’alambic à colonne, son eau-de-vie après vieillissement n’aurait pu porter que la mention AOC Calvados.
Encore une fois, le choix fait par François-Xavier de ne distiller qu’avec l’alambic à repasse prouve qu’à la voie de la facilité, il préfère celle de la qualité ; et qu’importe si le cahier des charges de l’AOC Calvados Pays d’Auge est plus exigeant et que l’utilisation de l’alambic à repasse requiert plus de temps et d’attention.

Une éthique écologique

Pour produire son cidre, la Maison Pierre Huet dispose de 30 hectares de vergers, composés pour un tiers de pommiers hautes-tiges, où poussent environ 25 variétés de pommes.
Jusque là, rien de bien extraordinaire.
Et, tout bien réfléchi, ce qui va venir pris point par point n’a rien non plus de bien exceptionnel ; c’est la démarche globale de développement durable entreprise depuis plusieurs années par la Maison Huet qui en fait un cas unique en Normandie.
Tout a commencé dans les vergers avec les 20 hectares de pommiers basses-tiges plantés par Philippe Huet et uniquement traités à la bouillie bordelaise. Si l’on peut regretter que Philippe n’ait pas opté pour des hautes-tiges, on ne peut nier que son choix de ne pas utiliser d’autres intrants a marqué un tournant dans l’histoire de la maison.
Aujourd’hui, les arbres (et uniquement les arbres, jamais les fruits) reçoivent deux à trois traitements par an maximum pour lutter contre les maladies.
La démarche écologique se poursuit dans la distillerie. Si, autrefois, les alambics étaient chauffés au fioul, ils sont désormais alimentés par des copeaux de bois dont la totalité est produite sur l’exploitation.
Cette modification trouve certes une justification financière mais elle a également le mérite de s’inscrire dans une démarche de développement durable.
Et d’une pierre (Huet) deux coups !
Preuve encore que faire du bien à la planète peut aussi faire du bien au portefeuille, en faisant modifier l’alambic à repasse afin de pouvoir récupérer l’eau chaude que produit le rafraichissoir (cuve de refroidissement dans laquelle est plongé le serpentin), François-Xavier Huet peut chauffer les nouveaux locaux durant tout l’hiver.

Informations Pratiques

Calvados Pierre Huet
Manoir la Brière des Fontaines 
5, avenue des Tilleuls
14340 Cambremer

Tél. : +33 (0)2 31 63 01 09
Fax : +33 (0)2 31 63 14 02
Email : calvados.pierre.huet@wanadoo.fr

Site internet

Visite et vente sur place : 

Visites du 1er Avril au 30 Septembre
Pour un minimum de 4 entrées payantes
Tous les jours à 10h, 11h, 14h30, 15h30 et 17h (pas de visite à 14h30 dimanches et jours fériés)
!!!! Attention : Visites en anglais le lundi à 14h30 et le mardi à 15h30 / Visites en français pour les autres créneaux horaires (sauf en cas de réservation groupe déjà planifiée) !!!!

Visites du 1er Octobre au 31 Mars
Pour un minimum de 4 entrées payantes
Du lundi au vendredi à 11h et 15h (sauf en cas de réservation groupe déjà planifiée)

Infos pratiques
Durée visite + dégustation : environ 1h15.
Langues : français et anglais.

Horaires d'ouverture
Du lundi au samedi : 9h - 12h30 et 14h - 18h
Dimanches et jours fériés : 10h - 13h et 15h - 18h
Fermé les dimanches et jours fériés du 1er Octobre au 31 Mars

Tarifs individuels 2017
3 € par adulte - Gratuité moins de 18 ans

Renseignements et réservations :
Anne DURAND
+33 (0)2 31 63 01 09