Bien choisir sa bouteille de calvados : ce que nous apprend l’étiquette

Qu’avons-nous appris en disséquant une étiquette la dernière fois ?
Pas grand chose ?!
Ecoutez moi bien bande d’ignares geignards qui ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez : peut-être pensez-vous que vous n’êtes pas beaucoup plus avancé maintenant qu’au début de la leçon précédente mais vous ignorez le second niveau de lecture qui révèle beaucoup plus de choses à l’amateur un tant soit peu éclairé (catégorie à laquelle vous pourrez prétendre à l’issue de ma prestation) et que je m’en vais vous dévoiler.

L’esthétique de l’étiquette

Tout d’abord, que voyons-nous d’emblée lorsque nous regardons une bouteille de calvados (ou d’autre chose d’ailleurs) ? 
Son étiquette mais surtout l’esthétique de celle-ci.
Dessin, logo, style ou impression, l’esthétique d’une étiquette correspond à l’image qu‘un producteur se fait de son produit, ou à l’image qu’il veut en donner. Partiellement recouverte de mentions aussi obligatoires que techniques, cette image choisie par le producteur doit s’imposer dans l’esprit du potentiel acheteur. Le but est qu’il associe la marque au message véhiculé par l’étiquette.
On peut dire qu’il y a deux grandes tendances : l’ancien et le moderne.

Etiquette Père Magloire ©F.Fromentin

Manoir normand, tête de vieux normand du 19e siècle coiffé d’un bonnet, étiquette imitant un vieux parchemin avec typographie gothique… ici, c’est l’aspect temporel et le terroir normand que l’on met en avant.
D’autres préfèrent l’esthétique sobre et épurée des produits haut de gamme. Ils entendent ainsi donner à leur calvados l’image d’un produit d’exception, comme le cognac.
Quoiqu’il en soit, l’une ou l’autre de ces représentations ne sont finalement que les deux profils d’une même pièce que l’on retrouve parfois sur une même face.

Etiquette Christian Drouin ©F.Fromentin

Bien évidemment, le fait que le nom et l’adresse sociale du fabricant soient mentionnés renforce le lien de confiance mais aussi de proximité entre le consommateur et le producteur.

Du calvados oui mais…

Si la dénomination de vente et la mention d’Appellation d’Origine Contrôlée nous certifie d’avoir devant nos yeux ébahis une authentique bouteille de calvados made in Normandie, ce ne sont pas les seules informations qu’elles délivrent à un amateur averti (nouveau statut que vous atteindrez en lisant la suite), et qui donc en vaut deux.
Suivant s’il est inscrit « Calvados Pays d’Auge », « Calvados Domfrontais » ou « Calvados » sur la bouteille il est possible déjà de restreindre fortement la zone de production du calvados et donc de connaître son terroir.
Il est également possible de connaître, dans les très grandes lignes, le profil de ce calvados ; en effet, le cidre à distiller permettant l’élaboration du calvados Pays d’Auge est composé au maximum de 30% de poires à poirée tandis que celui permettant l’élaboration du calvados domfrontais doit être composé d’au moins 30% de poires à poirée. Et cela change beaucoup de chose au niveau du goût (désolé mais le stade « amateur averti », que vous n’avez d’ailleurs pas encore atteint, ne permet pas de ressentir ces admirables nuances. Il va falloir bûcher encore un peu et c’est un euphémisme).
Les autres informations que l’on peut déduire de ces deux mentions sont le mode de distillation, le type d’alambic utilisé et le nombre minimum d’années passées en fût (quoi ?? on peut savoir tout ça !!).
Et oui, qui dit calvados Pays d’Auge, dit obligatoirement double distillation dans un alambic en cuivre à repasse (dit aussi « charentais ») et vieillissement minimum de 3 ans en fût de chêne ; qui dit calvados domfrontais dit obligatoirement distillation continue, donc alambic à colonne et vieillissement minimum du distillat pendant 2 ans en fut de chêne. CQFD.

Etiquette Théo Capel ©F.Fromentin

Reste le cas de l’appellation « Calvados » qui mixte en quelque sorte les particularités des deux autres appellations puisque le cidre à distiller permettant de l’élaborer répond aux même exigences que celui du calvados Pays d’Auge (maximum 30% de poires à poirée) mais peut être distillé avec un alambic à distillation continue (le producteur a le choix entre les deux modes de distillation, la distillation continue est très majoritaire) comme pour le calvados domfrontais. Pour le vieillissement, il est soumis à la même durée minimale que le calvados Pays d’Auge.

On ne demande pas l’âge d’une dame. C’est pareil pour le calvados ?

Vient, à présent, la question de la mention d’âge qui pourrait être considérée comme l’une des informations les plus importantes pour l’amateur.
Réponse de normand : oui et non.
La mention d’âge est un sujet épineux à maints égards pour le monde des spiritueux où le consommateur tend invariablement à devenir amateur voire dégustateur chevronné.
Privilégiant la qualité à la quantité, notre amateur veut savoir ce qu’il déguste, et notamment connaître l’âge précis du distillat qu’il ingère.
Et là, comme vous le démontrera la prochaine leçon intitulée « Bien choisir sa bouteille de calvados : comprendre les mentions d’âge », on ne peut pas dire que le calvados baigne dans un océan de clarté.

A la prochaine. À vous Calvados-Jay.
Mr F.