Yoanna Fouquet : une barmaid au sommet du calvados

Yoanna (au centre) lors de la remise des prix des Trophées Calvados Nouvelle Vogue 2017

Elle a été sacrée reine à Granville et elle défendra avec acharnement son titre à Caen le 26 mars 2018.
Elle c’est Yoanna Fouquet, une charmante jeune femme dont la réalisation de cocktail est le métier et le calvados une passion. Autant dire que la Chef barmaid de l’Ibis Thalassa Quiberon n’est pas arrivée au sommet des Trophées Internationaux des Calvados Nouvelle Vogue par hasard.

Dans l’air du temps

Calvados trophees 2018

Histoire de rajeunir l’image du calvados, l’édition 2018 des Trophées Internationaux des Calvados Nouvelle Vogue joue à fond la carte de la tendance.
Et qu’est-ce qui est synonyme de branchitude en ce moment ? Le barbu ! (Ah oui, alors entendons-nous bien, je parle de hipsters, hein !). Et les hipsters ils sont ? Ils sont ? (Qui a dit ridicules ?), non ! Ils sont végan ! Du coup, ni une, ni deux, le thème de cette année était tout de suite trouvé : les légumes.
Les plus parisiens d’entre nous ne s’offusquent plus de voir flotter une tranche de concombre dans leur verre d’eau. Ils sont nombreux même à dire qu’ils apprécient « Nan, parce que tu vois ça parfume l’eau et ça a un côté détox » mais sinon, à part le cocktail sans odeur d’alcool (mais avec de la vodka) du père Hemingway qui accepta de voir tremper dans la même coupe sa vodka, du céleri, du jus de tomates, de la sauce Worcestershire, du piment de Cayenne, du poivre… ce qui, vous l’admettrez, tient davantage de la recette de cuisine que de la mixologie, on ne peut pas dire que les légumes soient un ingrédient que l’on s’attende à trouver dans une recette de cocktail.
Et pourtant, Hemingway lui-même, afin d’échapper à la vigilance de sa Bloody Mary de femme, ne succomba t’il pas à sa version liquide, alcoolisée et légumière ? Et avec lui des dizaines de milliers de personnes à travers le monde et les années ?
Mais sans un Hemingway sous le coude, Yoanna, elle, a mis pas moins de six semaines pour élaborer son cocktail dont l’ingrédient principal doit être un légume et l’alcool de base du calvados.

Toute une préparation

Si la création de la recette est l’étape la plus longue du processus, Yoanna y a consacré environ un mois, elle m’avoue que ce n’est pas ce qui lui a parût le plus compliqué. Elle a davantage buté sur la partie argumentaire de l’épreuve et a buché durant quinze jours pour accompagner la recette de son cocktail d’un texte racontant son histoire.
Pas évident comme exercice surtout quand on sait que chaque participant devra raconter lui-même cette histoire aux jurés, sur scène, le jour du concours. Et c’est encore moins évident quand le thème du concours ne percute pas immédiatement votre imaginaire, ce qui semble bien être le cas de certains concurrents.
Rompue à ce genre d’épreuve, Yoanna ne perd pas de vue que ce sont les jurés qu’il faut avant tout séduire alors en peaufinant sa recette, elle tente de se mettre à leur place. Elle cherche ce qui pourrait les séduire, les étonner, les surprendre.
Comme nous pouvons le voir, la préparation d’un concours tel que les Trophées Internationaux des Calvados Nouvelle Vogue nécessite un investissement en temps, et en argent (Yaonna y consacre un budget personnel de 150 à 200 euros pour l’achat des fournitures), conséquent.

Mais qu’est-ce qui fait donc (con)courir Yoanna ?  

Non contente d’avoir rafler trois trophées l’an dernier, dont le plus prestigieux (Trophée International des Calvados Nouvelle Vogue catégorie barman professionnel, Trophée National catégorie barman professionnel et Prix de la ville de Granville), elle est repartie sur son légume de bataille à l’assaut du titre.
Pourtant, ce n’est nullement une bête de concours. Si je perçois que concourir au plus prestigieux d’entre eux, celui de MOF (Meilleur Ouvrier des France), la titille un tantinet, elle me précise qu’elle ne participe que rarement aux autres concours qui se déroulent en France.
Mais alors, pourquoi se représenter aux Trophées où elle a tout gagné l’année dernière ? C’est l’entretien avec Yoanna dans sa globalité qui m’a permis de répondre à cette question : cette fille est passionnée par son métier et porte une vraie affection au calvados.
Cette dernière est le fruit de ses années de formation : faire un stage à l’hôtel du Golf de Deauville puis y travailler en tant que barman durant deux ans avant d’intégrer l’équipe de l’Amirauté (toujours à Deauville) ça rapproche du calvados, évidemment. Au cours de ses premières années de vie professionnelle, Yoanna a été initiée au spiritueux normand par le chef-barman de l’hôtel du golf. De l’initiation, Yoanna a tôt fait de passer à la compréhension de ce produit en se rendant régulièrement chez les producteurs pour visiter leur distillerie et découvrir leurs expressions.

De l’affection à la transmission

Jouant désormais des shakers à l’hôtel Ibis Thalassa Quiberon, la barmaid en chef des lieux n’en a pas pour autant oublié le calvados.
Mieux, elle tente tant qu’elle peut de promouvoir le spiritueux normand auprès de sa clientèle et d’initier les membres de son équipe aux subtils accords que permet le calvados dans un cocktail. Alors non, tout n’est pas rose, non plus. Les clients assez téméraires pour sortir des sentiers battus et accepter de goûter un cocktail à base de calvados ne sont pas légions. Le client demandant de lui-même un verre de calvados est une rareté. Sorti de la Normandie, mettre la main sur une bouteille de calvados autre qu’un VSOP Père Magloire n’est pas tache facile.
Mais voilà, Yoanna s’est prise d’affection pour cet alcool et elle s’est une nouvelle fois engagée sur le long chemin permettant d’accéder au titre.

Le cocktail gagnant en 2017

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