Inauguration du four à pain de la Maison Drouin

Le four à pain ©F.FromentinLe boulanger, la boulangère et le petit mitron ?

Vendredi 24 mars 2017, les Calvados Christian Drouin inaugurait le four à pain du domaine. La fin de sa réhabilitation et sa mise en marche sont le point d’orgue de 26 années de travaux de restauration.

Calvados Christian Drouin : un problème d’orientation ?

Lorsque j’ai reçu une invitation me proposant d’assister à l’inauguration du four à pain de la Maison Christian Drouin, je ne peux pas cacher que ma première réaction a été de m’interroger sur ce qui avait bien pu décider cette famille, au combien célèbre dans le monde du calvados, à devenir, comme ça subitement, boulanger.
Ma deuxième réaction a été de me demander s’il ne fallait pas de suite mettre la main sur un stock conséquent de bouteilles avant que l’alambic ne soit remisé au placard.
Et puis, j’ai poursuivi la lecture de cette invitation au-delà de son titre.
Grand bien me pris car cela me rassura immédiatement : s’il était bien question de four à pain et d’assister aux premières fournées, il était également fait mention d’un « nouvel alambic ».
Alors, à moins que Christian et Guillaume Drouin aient décidé de se mettre à la distillation de la mie de pain, cette mention avait de quoi rassurer quant à la future production de calvados, non ?

La première fournée du four à pain

Boulanger ?

Et en effet, plus qu’à l’inauguration du four à pain lui-même, c’est à l’aboutissement de 26 années de rénovation que nous invitait la famille Drouin. Et bien malin celui qui aurait pu dire quelle était la star de la journée : le four à pain, l’alambic de Pierre Pivet restauré et exposé ou le nouvel alambic charentais de 25 hectolitres dont s’est doté la distillerie.
Après tout qu’importe puisque ces éléments, qui ne manquent certes pas d’intérêt par eux-mêmes, sont tous des jalons essentiels du parcours de visite imaginé par Christian et Guillaume Drouin.
Mais revenons à nos pâtons car, dernière pierre de la rénovation du domaine, le four à pain était tout de même la principale attraction de cette inauguration (où bien était-ce le truculent boulanger, Yves Lallemand, membre de l’association du four à pain de la Haye-de-Routot, venu faire le pain au cidre pour l’occasion ?).
 

Pesage, boulage, façonnage, Guillaume Drouin n’a rien perdu des explications du Maître boulanger et n’a pas hésité à mettre la main à la pâte afin que tout soit prêt à l’arrivée des convives. A la vitesse où les pains ont disparus des corbeilles à l’heure du buffet, il faut croire que Guillaume présente certaines prédispositions en la matière. Ça tombe plutôt bien puisqu’il prévoit  de faire du pain sur le domaine.
Alors, n’allez pas non plus faire la queue dimanche matin aux portes des Calvados Drouin, la fréquence de fabrication du pain n’est pas encore déterminée. Par ailleurs, cela restera de l’ordre de l’attraction.
Nous pouvons donc nous rassurer : la Maison Drouin n’a pas l’intention de faire de la boulangerie son unique cœur de métier.

Fabricant de courroie de transmission ?

Par contre, elle a bien pour intention d’accueillir au mieux les visiteurs ; et son chemin de visite illustre parfaitement la philosophie de la Maison Drouin qui se résume en un mot : transmettre.
 

La restauration du lavoir, du four à pain, de l’alambic de Pierre Pivet et de la bouillerie est bien plus qu’une préservation de patrimoine, elle s’inscrit dans un parcours où passé, présent et futur non seulement cohabitent mais surtout dialoguent. Prenons pour exemple l’alambic de Pierre Pivet :
Après des dizaines d’années de bons et loyaux services, l’alambic a dû prendre sa retraite. Il n’en trône pas moins fièrement devant la salle de distillation où un alambic flambant neuf lui a succédé. Mémoire roulante d’une époque révolue, l’alambic de Pierre Pivet demeure tel un gardien du temple contant à qui veut l’entendre son passé. Et si on sait l’écouter, ne nous éclaire t’il pas aussi sur le présent et un peu sur le futur ?
Placé à côté du nouvel alambic, il est un point de comparaison, une démonstration des évolutions techniques actuelles et, par projection, futures.

Il ne distille plus le cidre mais ses conseils à l’oreille du distillateur, lui rappelant que, si avec ses systèmes automatisés le nouvel alambic lui facilite le travail, il n’en requiert pas moins tout son savoir-faire ; un savoir-faire en grande partie hérité des générations précédentes.

Non, producteur de calvados

Christian et Guillaume Drouin sont des passionnés. Des producteurs de calvados passionnés (et donc passionnant). Ils semblent construire leur vie comme ils élèvent leurs calvados, entre respect du savoir transmis par les aïeux et recherche perpétuelle de nouvelles voies.
Preuve s’il en faut que la production du calvados reste au cœur de la démarche de la Maison Drouin, les premiers travaux effectués après l’acquisition du domaine par Christian Drouin en 1990 ont consisté à reconstituer un verger conservatoire (à présent, plus d’une vingtaine de variétés de pommes à cidre sont présentées).
 

Au gré des ressources disponibles, il fut ensuite possible à l’architecte de poursuivre la mission que lui avait confier Christian Drouin : restaurer les bâtiments en colombages typiques de l’architecture augeronne du XVIIème.
Ainsi, entre 1991 et 2014, les étables et les écuries furent transformées en chais de vieillissement, un atelier de distillation associé au pressoir a été créé, une salle d’accueil et des bureaux ont pris place dans la charreterie, le manoir a été réhabilité, un atelier d’embouteillage et un atelier d’étiquetage ont été construits.
La réhabilitation du lavoir, en 2015, et celle du four à pain, en 2016, ont marqué la fin de 26 années de travail pour redonner vie au domaine.
Et nous voici à présent devant cette vision d’une mémoire restaurée accueillant un présent et un futur en construction. 

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